La suisse, ce n’est pas nous

Un appel à la destruction de la nation

Pour la troisième fois déjà se déroule une manifestation au niveau national sous le titre «la suisse, c’est nous». Les organisateurs de la manif exigent dans le sous-titre de l’appel «les mêmes droits pour tous et toutes» et s’engagent pour un «droit à la participation politique» pour tous. Il est compréhensible que des personnes illegalisées exigent d’avoir les mêmes droits comme les Suisses. L’amélioration de leur situation légale est d’intérêt matériel, parfois même existentiel, pour beaucoup d’immigrants. Mais le mot d’ordre de la manif n’est guère «à bas les frontières» ou «pour le mouvement sans contraintes», il ne s’agit pas d’un appel à l’organisation autonome pour défendre les intérêts matériels et le droit de séjour illimité pour toutes et tous. Par contre, c’est la participation constructive à l’état qui est revendiquée sous le slogan «la suisse, c’est nous».

Pour comprendre ce que cette revendication implique en dernière instance, il faut se rendre d’abord compte de ce qu’est cette Suisse que «nous tous devrions être». La Suisse, c’est un état avec des frontières figées, des lois et des institutions pour assurer les conditions capitalistes existantes. Si maintenant quelques patriotes (de gauche) se sentent obligés de construire un «Nous» dans ces frontières nationales, alors ils se réfèrent positivement à cette institution répressive qui est l’état-nation, même s’ils veulent inclure les immigrants dans ce «nous». Ils le confirment eux-mêmes en se référant aux droits et devoirs qui sont, au moins formellement, assurés par l’état, et en exigeant le droit d’intervention pour une participation constructive.

A l’appel se trouve joint le premier article de la «déclaration universelle des droits de l’homme». Comme tous les droits, les droits de l’homme aussi ont besoin d’une instance armée qui puisse garantir qu’ils soient respectés. Dans toutes les guerres qui sont menées par des nations démocratiques, il s’agit officiellement de faire respecter les droits de l’homme, comme au Kosovo, en Afghanistan et en Irak. Les intérêts nationaux réels se cachent derrière le discours humanitaire. En général, ces intérêts matériaux réels coïncident avec les droits de l’homme, vu que l’exploitation capitaliste normale se fait plus ais- ément dans des circonstances de stabilité sociale. C’est exactement ça que les droits de l’homme promettent, en garantissant le droit à la propriété privée, à la liberté de vendre sa force de travail, à l’appartenance à une nation et au statut légal. De cette manière, le choix entre dictature et démocratie se base sur l’utilité économique et politique des options. Bref: les droits de l’homme sont (dans la forme des droits civils) simplement le fondement de la société capitaliste.

Bien sûr faut-il condamner torture et esclavage. Mais le fait que cela doive être inscrit dans des lois en dit long sur la société capitaliste. Dans un monde où les hommes se voient opposés les uns aux autre par la concurrence, et où ils se trouvent inconciliablement opposés en classes – que cela soit visible ou non-, une forme légale et son garant (l’état) deviennent nécessaires pour que les hommes, les classes, et même les états ne se sautent pas à la gorge. Cependant, ni la politicienne de gauche, ni le travailleur social sympa ne veulent prendre en compte le fait que la plus grande partie de la population mondiale ait, de par son appartenance à la classe exploitée, toutes les raisons pour sauter à la gorge du système et de ses représentants.

L’exploitation existe partout où l’on travaille sous condition capitaliste. Sans la possibilité de produire plus de valeur que ce qui doit être payé aux travailleurs, il n’y a pas d’emploi. C’est bien cela, l’exploitation: on produit plus que ce qu’on reçoit. La manifestation la plus extrême de ce système d’exploitation se voit dans les conditions de travail et de vie misérables des personnes illégalisés. Ce que nous partageons tous avec les personnes illégalisés, c’est que nous sommes obligés de vendre notre force de travail pour pouvoir survivre. Parler d’identité nationale empêche de comprendre ce fait. L’état n’est pas une sphère neutre qui flotte au dessus des contraintes économiques, mais c’est bien lui, l’état du capital, qui garantit les conditions optimales de l’exploitation. Les réfugiés économiques, les guerres, la forteresse européenne sont le produit du fonctionnement de cette société basée sur les rapports de production capitalistes qui sont maintenus par l’état-nation.

Abolir cette condition (le capitalisme), avec toutes les forces et institutions qui cherchent à le perpétuer, tel est l’intérêt que nous avons en commun en tant que classe mondiale des salariés. Et c’est exactement là ou nous devons commencer: avec l’abolition de ces conditions de merde, avec l’abolition de la société des classes et des nations!

La suisse, ce n’est pas nous
Lutte de classe au lieu de nationalisme (de gauche)

Septembre, 2007; eiszeit, Systembruch & Libertäre Aktion Ostschweiz

PDF-Version